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Mostafa Maataoui, maire de la commune Sidi Bouh – Medi au Maroc: « Ce projet m’a permis de réaliser mon rêve de l’université »

Maire de la commune rurale de Sidi Bouh – Medi dont-il est l’initiateur personnel, Mostafa Maataoui est le lauréat Harubuntu 2009 du prix « Autorité locale ». A travers cet entretien, il revient sur les conditions de création de la commune et des dispositions prises pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations confrontées à la sècheresse dans cette région marocaine.

Malgré votre simple statut de citoyen, comment êtes-vous parvenu à créer cette commune?

J’ai fait mes études universitaires en économie et développement à Grenoble puis à la Sorbonne en France. Après, j’ai fait une spécialisation dans l’approche de développement local. De retour au Maroc, je me suis intéressé à la politique, ce qui m’a permis de me présenter aux élections communales. Après quelques années, le gouvernement marocain voulait multiplier le nombre de communes et j’ai sauté sur l’opportunité pour demander la création d’une commune dans la zone septentrionale. C’était une zone un peu enclavée, il n’y avait pas de routes, d’électricité ni d’eau potable et c’est là que se trouvait la maison de mes parents. C’était un ensemble de villages qui était loin du centre de la commune nord mais qui avait une certaine spécificité. Cette zone avait intéressé les colons français parce que c’était une bonne terre agricole céréalière. Les gens ont gardé la pratique agricole des Français qui étaient assez rentable.

Aujourd’hui, vous êtes maire de cette commune que vous avez créée?
Oui, je suis maire et juste après mon élection, j’ai essayé d’orienter ma commune vers la recherche scientifique. Je me suis alors adressé à un centre régional de recherches agronomiques pour une collaboration avec ma commune. Il n’avait pas l’habitude de recevoir des demandes de ce genre de la part des communes et des préfectures. Ils travaillaient surtout avec les exploitations agricoles mais pas avec les communes. Ma requête les a alors surpris mais ils se sont dit pourquoi pas. On va essayer. Le directeur du centre a réuni les chercheurs et ils ont donné leur avis. Ainsi, durant un mois, nous avons essayé de préciser ma demande, d’en faire un projet.

En quoi consiste le projet dont vous parlez?

J’avais demandé qu’on m’aide à établir un Plan de développement communal (PDC) mais d’une façon scientifique, c’est-à-dire sur la base des recherches. Les chercheurs ont alors fait ce qu’ils appellent l’enquête rapide parce qu’ils n’avaient pas suffisamment d’éléments statistiques. Mais à partir de la vision que je leur avais présentée sur ma commune, ils ont essayé de rassembler les populations pour différentes phases d’enquêtes. Ceci a permis d’élaborer un projet de 80 actions qui vont des infrastructures de base aux fêtes locales. C’était une première dans les pratiques communales de la région.
Avant de poser une action, il faut penser à le faire de façon rationnelle et scientifique. Apres quelques années, il y a une Ong suisse qui est venue au Maroc et qui voulait travailler dans l’agriculture et la formation. L’Ong a été orientée vers le centre de recherches agronomiques. Et comme, à l’époque, nous avions travaillé avec le centre, il a recommandé notre commune à cet Ong. Avec la commune, celle-ci a fait un travail sérieux. En réalité, l’Ong a pris notre commune comme partenaire. Le partenariat étant conclu, nous avons réalisé quelques activités qui se rapportent surtout au passage d’un secteur agricole traditionnel à une approche beaucoup plus moderne. C’est-à-dire passer à une agriculture d’entreprise avec des comptes bien tenus et la gestion bien faite. Donc, l’objectif premier était d’arriver à des reformes agraires. Pour cela, les fils des agriculteurs ont été formés à la comptabilité et à la gestion. Alors, l’Ong leur a avancé des fonds et cet argent a été utilisé selon un programme agricole qui a servi de base pour le transfert de techniques. Comment arriver à des rendements supérieurs en utilisant les techniques modernes à partir de l’analyse du sol jusqu’à la sélection des semences.

Est-ce ce projet que vous avez présenté à Harubuntu ?

Je vous parlais tout à l’heure du commencement du projet qui a été présenté à Harubuntu. Le projet a abouti à une deuxième phase avec un deuxième financement et son extension à une autre commune voisine. Cela nous a permis de pratiquer l’intercommunalité qui n’existe pas dans notre pays. Donc, nous avons étendu les actions de notre commune vers l’autre commune en introduisant par la même occasion, l’arboriculture parce que les premières années avec leur pluviométrie nous ont permis de donner de bons résultats dans le domaine de l’agriculture. Mais après, il y a eu une série de sècheresses et une variabilité climatique qui nous ont obligés à modifier notre stratégie et à aller un peu vers l’élevage et l’arboriculture. C’est un peu cela le projet que j’ai présenté. En effet, c’est une première qu’une commune soit créée sur initiative personnelle et qu’elle soit basée sur un Programme de développement du territoire et qu’elle fasse face à une stratégie développement, réfléchie et scientifique de sorte qu’elle puisse intéresser une Ong étrangère. Donc, cela a abouti à une double ouverture à savoir un partenariat avec un institut de recherche scientifique et une coopération internationale décentralisée. La chose est encore plus impressionnante quand on considère que c’est une commune rurale et totalement enclavée. Aujourd’hui, nous avons des routes, de l’électricité et une superbe organisation.

Comment vous sentez-vous après le couronnement de votre projet ?

L’initiative m’a permis de me réaliser moi-même. C’est-à-dire que ce projet m’a permis de réaliser un rêve de développement que j’ai depuis l’université et de mettre en pratique les connaissances théoriques que j’ai eu lors de ma formation ; une sorte de confrontation entre la réalité et le savoir théorique.

Propos recueillis par Franck KINNINVO

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Discussion

Un commentaire pour “Mostafa Maataoui, maire de la commune Sidi Bouh – Medi au Maroc: « Ce projet m’a permis de réaliser mon rêve de l’université »”

  1. je me demande comment monsieur Maataoui a créé la commune de sidi Boumehdi?affirmer que l’intercommunalité n’existe pas au maroc dénote une méconnaissance totale de la réalité des communes! S’agissant du PDC il y a lieu de rappeler tout le travail accompli par la DGCL.En outre le PDC n’a été intoduit dans la gestion communale qu’en mars 2009???

    Posté par nadir sparow | mai 11, 2010, 4:28

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