Manchette

Luc Atrokpo, maire de la commune de Bohicon: « Je souhaite que les petites communes aient accès au Fonds mondial pour le développement des villes »

Au grand rendez-vous des gouvernements locaux, Africités 5, Luc Atrokpo, maire de la commune de Bohicon n’a pas manqué de formuler ses souhaits et de partager ses expériences de gestion locale avec ses homologues venus d’ailleurs.

Monsieur le Maire, est-ce qu’on peut avoir un bilan de votre participation en termes d’expériences acquises et surtout d’expériences partagées avec les autres ?

Je crois que Africités est une opportunité à saisir. J’ai eu la chance de participer déjà au sommet du Cameroun. C’était très intéressant. Mais, je dois avouer qu’au Maroc, on a senti que Africités 5 a pris beaucoup plus d’importance. Le sommet Africités a grandi en maturité et, je crois très bien que c’est à l’honneur des organisateurs, de tous les maires réunis. L’essentiel pour nous aujourd’hui, est de constater que nous évoluons, qu’un effort se fait, que les problèmes des municipalités, des communes, sont abordés de plus en plus dans le fond. Nous avons eu la chance d’avoir beaucoup de ministres de la décentralisation qui ont participé à ce sommet. Je vois que cela a été une occasion pour eux, de comprendre que les problèmes des communes sont des problèmes à prendre avec beaucoup plus de sérieux. On a eu des panels très intéressants mais des réunions aussi. On a discuté des problèmes très intéressants notamment par rapport aux difficultés liées à la mobilisation des ressources. Vous savez aujourd’hui que sans ressources, une commune ne peut pas fonctionner. En réalité, une commune, c’est une manière d’aborder les problèmes à la base. C’est une manière de faire en sorte qu’à la base, nous puissions sentir le mieux-être, le développement local. Lorsque cette condition n’est pas remplie, la commune n’a pas sa raison d’être. On serait donc resté au stade des circonscriptions administratives que nous avions eues par le passé. La décentralisation n’aurait pas un sens. Donc, aujourd’hui, il faut réfléchir à comment mobiliser les ressources. Il y a eu plusieurs panels qui en ont parlé.

Justement, vous venez d’un panel sur un Fonds mondial pour les communes…

Effectivement, j’étais à une réunion très intéressante sur des questions relatives au Fonds mondial de développement des villes. A ce panel, j’ai expliqué qu’il faut revoir les choses. J’ai souhaité que ce fonds qui naîtra à Barcelone soit différent des traditionnels fonds que nous avions connus qui ne sont pas accessibles aux petites communes qui sont souvent mises à l’écart.
J’ai expliqué qu’une ville, c’est une ville. Les problèmes des grandes villes sont à prendre en compte au même titre que ceux des petites. De part et d’autre, ce sont des hommes. Ce sont des personnes qui ont besoin du développement. J’ai souhaité que ce fonds qui va naître à Barcelone puisse vraiment appréhender les questions de développement, de façon beaucoup plus équitable. Je souhaite que ceux-là qui seront chargés de diriger le fonds m’entendent. J’ai aussi posé d’autres problèmes par rapport à la mobilisation des ressources. Lorsqu’on prend mon pays, la République du Bénin, les communes n’ont pas les structures de mobilisation des ressources. Au niveau des impôts, les budgets des communes sont essentiellement basés sur la fiscalité. Aujourd’hui, quand on aborde le système de recouvrement, c’est le même inspecteur des impôts, le même receveur des impôts qui recouvre à la fois pour l’Etat et pour les communes. Cela pose un problème dans la mesure où, ce n’est pas le maire qui nomme les inspecteurs et les receveurs des impôts. Ces derniers subissent donc beaucoup plus la pression de l’Etat. Lorsque les caisses de l’Etat sont vides, ces inspecteurs et receveurs sont libres de beaucoup plus travailler pour l’Etat central que pour les communes puisque, c’est l’Etat central qui les note et doit faire les affectations quand c’est nécessaire. Le maire n’est pas habilité à la faire. Par conséquent, parfois si le taux de recouvrement de l’Etat central est à 80%, vous trouverez des communes où c’est peut-être à 10 ou à 15%. Un taux qui est tout à fait bas. Heureusement que ceux qui animent les réunions l’ont reconnu. J’ai demandé qu’on se penche sur la question parce qu’il y a des pays comme le Maroc qui ont pu trouver une solution qui règle un peu le problème. On a voulu un peu bénéficier de leur approche et aller à leur école pour que nous ne restions toujours pas là à nous plaindre tout le temps, en disant que les communes ne se développent pas, qu’on n’a pas les moyens. Il y a d’autres questions essentielles. Vous savez, aujourd’hui au Bénin, malgré les efforts du gouvernement, nous sommes encore dans la marge de 1%, de 2% du budget de l’Etat plus ce qui doit revenir aux communes alors que, dans d’autres pays développés, ils sont déjà à 70%, à 75%. Le vrai développement se fait à la base. Il est demandé que les dirigeants au niveau central comprennent qu’Il ne peut pas avoir développement d’un pays si au niveau local on ne le sent pas. Je crois très bien que cet appel d’Africités5 sera entendu par tous.

Réalisé par F.K

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