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Dellaphine Rauch-Houékpon, Directrice nationale de la SNV-Bénin: «Les femmes peuvent faire déplacer les montagnes, mais elles ont besoin de le savoir»

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Lundi 8 mars 2010, le monde entier célèbre la Journée internationale de la femme (JIF). A cette occasion, Dellaphine Rauch-Houékpon, Directrice nationale de la SNV-Bénin, présente la stratégie et les actions mise en œuvre par l’Organisation néerlandaise de développement dans le cadre de la promotion et l’autonomisation des femmes béninoises. Aussi, jette-t-elle un regard critique sur le combat quotidien des femmes pour leur épanouissement. Selon elle, la femme la femme béninoise doit mener son propre combat pour prendre sa place dans les cercles de décision et enrayer les violences qu’elle subit.

Mme la Directrice, que représente le genre dans les programmes de la SNV ?

La SNV se consacre à une société où toutes les personnes jouissent de la liberté de poursuivre leur propre développement. La SNV Bénin inscrit ses interventions dans le cadre des orientations politiques de développement du Bénin et la stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté et s’investit pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Après avoir développé des programmes spécifiques pour la promotion des femmes (Activités génératrices de revenue, alphabétisation, leadership politique), la SNV a fait du genre et développement une approche transversale dans toutes ses interventions. Ainsi à travers ses différents secteurs d’intervention que sont actuellement l’eau, l’éducation, la filière coton, la filière palmier à huile, le pastoralisme et le biogaz, le tourisme, la SNV met un accents particulier sur la participation des femmes aux différentes structures de décision, l’accès des femmes aux intrants et le renforcement des capacités techniques des femmes dans les activités où elles sont impliquées dans chacune des filières. Le secteur de l’éducation, quant à elle, travaille spécifiquement sur le maintient des filles à l’école et la lutte contre les violences basées sur le genre en milieu scolaire. Elle renforce également les capacités des acteurs de développement à divers niveau pour l’intégration transversale du genre à l’élaboration des politiques de développement tels les PDC et les plan sectoriels.
Les stratégies développées par la SNV en matière de genre ont eu des effets positifs sur la situation des femmes dans ces zones d’interventions.
Ainsi, comme impact des programmes spécifiques genre, nous avons la création et le développement de 3 réseaux de groupements de femmes qui se sont autonomisés et continuent à exister malgré le désengagement de la SNV depuis 2005. Il s’agit de Mialébouni sur le plateau ADJA, Fitila à Banikoara, et Tikona à Boukombé. Ces organisations de femmes rurales sont actuellement parmi les plus structurées au niveau national qui offrent des services de proximité aux femmes des différentes communautés en matière de développement d’activités génératrices de revenues, d’alphabétisation etc… En matière de promotion du leadership féminin, la SNV Bénin a développé un programme spécial de participation des femmes aux élections communales qui a aboutit lors de la première mandature des conseils communaux à la plus forte représentation des femmes (17%) dans le conseil communal de Dogbo. Dans la suite de ce processus, la SNV a en collaboration avec Plan Bénin facilité la mise en place en 2007 du réseau des femmes pour la promotion du leadership féminin dans le Couffo avec des comités dans tous les 357 villages de ce département et des représentations au niveau arrondissement, commune et département, ceci a contribué a une augmentation du nombre de femmes dans les conseils communaux des autres communes de ce département.
L’approche transversale a, elle aussi, donné en peu de temps des résultats et non des moindres, ainsi à travers les programmes eau et assainissement, la SNV a accompagné le renforcement du leadership féminin avec comme conséquence une représentation importante des femmes dans les structures communautaires de gestion de l’eau, plus de 75% de ces associations étaient dirigées par des femmes. Dans le secteur pastoralisme, les groupements de productrices de fromages peulhs de l’Atacora et de l’Alibori ont, à travers des processus de renforcement de capacité, amélioré l’itinéraire technique et la qualité du fromage produit, ce qui leur offre des perspectives pour une meilleure organisation de la filière et une amélioration de leurs revenues.
Il est également important de souligner que pour la SNV, le «genre» ne concerne pas seulement des «programmes de genre » …. C’est aussi un état d’esprit que nous nous efforçons de cultiver au sein de nos équipes et chez nos partenaires. Il y a un adage qui dit «où il ya une volonté … il y a un chemin». Tout comme des mesures sont prises par les gouvernements pour combattre le banditisme, le racisme et autres, des mesures spécifiques doivent être prises, à tous les niveaux, et réellement appliquées en faveur de l’équité genre. Le genre doit être la norme et non l’exception.

Parlant de la situation des femmes au Bénin, quel est votre point de vue de femme?

En tant que femme afro-américaine mariée à un homme (merveilleux) en provenance du Bénin, (ce qui fait de moi une Béninoise !), mon constat est que les femmes au Bénin ont toujours fait preuve de force, de persévérance, de courage et de sagesse. Les femmes béninoises sont très actives et très impliquées dans les activités économiques et même politiques de leur pays. Toutefois, elles restent sous représentées dans les instances de décision du pays. A mon avis, il existe encore des barrières sociales et même juridiques qui limitent la valorisation de la contribution de la femme au bien-être du foyer et au développement du pays. Un défi majeur à relever par la femme béninoise est l’accès effectif à une éducation et une formation de qualité pour toutes les femmes et les filles du Bénin afin de se donner les moyens nécessaires pour valoriser et bénéficier du juste prix de leurs efforts quotidiens pour le développement du pays.
La femme béninoise doit prendre les devants et mener son propre combat pour réclamer des politiques claires de la part du gouvernement afin de décourager les violences et discriminations.
Quand j’étais jeune fille, je lisais beaucoup d’ouvrages consacrés aux Amazones du Bénin, leur courage, leur force, leur loyauté envers leur souverain, et leur esprit de sacrifice et du combat. Je rêvais d’en devenir une, et mon rêve s’est réalisé. En tant que Directrice Nationale de la SNV au Bénin, je me considère comme une Amazone du présent et de l’avenir pour la promotion des femmes et du genre au Bénin !

Se basant sur votre expérience, en tant que directrice, comment pouvons-nous améliorer la situation?

Nous pouvons améliorer la situation en commençant par nous-mêmes (les femmes). En nous persuadant qu’être l’égale de l’homme, est notre destin et notre droit …. Nous ne devons pas nous préoccuper à changer les autres …. Si nous changeons nous-mêmes notre façon de penser et d’agir, les autres n’auront pas le choix, ils suivront.
Il y a un proverbe qui dit ‘’le général qui est à la tête de l’armée n’est pas le général parce qu’il a la plus grande tente. C’est parce qu’il (ou elle) a le pouvoir de déplacer les soldats’’. Les femmes peuvent faire déplacer les montagnes, mais elles ont besoin de le savoir, et d’être rassurées qu’elles le peuvent.

Quel est le pourcentage de femmes travaillant à la SNV Bénin? Êtes-vous fiers de ce résultat?

Non et je ne suis pas fière de ce que les femmes ne sont pas, en pourcentage très bien représentées à la SNV Bénin …. et nous avons pris des mesures pro-actives pour inverser la balance. Lors des recrutements, à capacités égales, la priorité est accordée à la femme. Nous faisons également des efforts pour promouvoir et renforcer les capacités professionnelles de notre personnel féminin à tous les niveaux, mais particulièrement aux niveaux des postes de gestion.
J’ai également étendue à nos partenaires : nous ne collaborerons (dans la mesure du possible) qu’avec une entreprise ou une ONG qui a du personnel féminin, et pas seulement pour des postes de secrétaires et de personnel d’entretien! C’est l’occasion de remercier nos partenaires et les communes dans lesquelles nous travaillons pour leurs efforts dans ce sens.

Pour cette édition 2010 de la JIF, quelles actions sont envisagées par le SNV et ses partenaires?

La SNV Bénin a mené de multiples actions dans le cadre de la journée internationale de la femme. Outre l’accompagnement du ministère de la famille et de la solidarité nationale pour l’organisation des manifestations au niveau national, la SNV s’est impliquée dans l’organisation de la fête du 8 mars au niveau départemental dans le Borgou (Kalalé : conférence débat sur le thème de la journée) et de l’Atacora (Kérou : conférences débats avec les groupements de femmes et émissions radiophoniques).
Mais également, elle accompagne l’organisation de conférences débat sur le thème de la journée dans les communes de Boukombé, Cobly, Matéri, Toucountouna et Dogbo.
Comme touche spéciale, la SNV a utilisé l’occasion du 8 mars pour encourager les associations de femmes transformatrices de lait de Sinendé en leur faisant un don en matériels de transformation. Des émissions seront également organisées.

Certaines personnes doutent encore de la nécessité de promouvoir les femmes dans la société. Qu’en dites-vous?

Bien sûr, les gens doutent de la nécessité de promouvoir les femmes dans la société, et même des femmes elles-mêmes, parce que ces gens pensent qu’en réprimant les femmes, ils contrôlent leur développement et leur pensée-processus. Ils pensent que les femmes sont des marionnettes et ils veulent manipuler les cordes! L’histoire a prouvé, maintes et maintes fois, que les voix et les actions des personnes qui veulent contribuer et aider à édifier la société dont ils font partie, ne s’arrêtent pas. Et il en sera ainsi pour les femmes aussi. Toutefois, il est nécessaire que nous mêmes les femmes faisons la promotion des femmes et de nos voix et de nos pensées et de nos actions…. Et nous ne devons pas attendre quelqu’un d’autre pour le faire… Ni demander la permission pour aller plus loin. Nous disposons de nos sœurs, nous avons des gens qui appuient cette mesure et nous allons de l’avant. C’est ce que je dis … vous ne pouvez pas arrêter cette vague de la féminité, de sororité et de fraternité, de voir des femmes prendre leur place légitime dans la société. Tout le monde a juste besoin de venir le long de la ride !

L’Union africaine a annoncé une «Décennie des femmes» à partir de Juin 2010 pour insuffler plus de changements, y compris les changements de comportement…

Ceci est très avant-gardiste et très stratégique de la part de l’Union africaine et je salue cette initiative. Cependant, nous avons connu des décennies de mouvements, d’expression d’opinions pour la promotion de la femme et l’élimination des exclusions.
Pour bien commencer, il faut que l’Union africaine garantisse la représentativité des femmes en son propre sein !

Votre mot de fin … espoir?

Les femmes ne demandent pas de considérations spéciales… Nous ne voulons que ce qui est normal et ce qui est correct… Et nous avons compris que pour l’avoir, il nous faut le réclamer, hélas !…. Et je peux dire avec conviction et confiance l’importance du rôle et du travail des femmes pour une société démocratique, juste et paisible. Bonne Fête à toutes les femmes.

Réalisé par Franck KINNINVO

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