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Le jury du concours Harubuntu s’est réuni à Bruxelles le jeudi 3 septembre pour décerner les prix aux lauréats de l’année 2009. En dehors des vainqueurs des 3 catégories (Entreprenariat, autorité locale et Société civile), le jury, comme en 2008, a primé 3 coups de cœur. Les lauréats ont été primés lors du sommet Harubuntu à Marrakech.
Prix ENTREPRENERIAT : De l’électricité gratuite aux villageois de Tsonga (Burundi)
Une centrale hydroélectrique, une usine d’extraction du beurre, une raffinerie d’huile de palme, une école secondaire, l’adduction en eau potable, un bureau de poste, le village de Manyoni au sud du Burundi connaît depuis quelques années un véritable développement communautaire. Autant d’initiatives et de réalisations à mettre à mettre à l’actif de Serge Vyisinubusa, un riche fermier qui n’oublie pas ses racines.
Depuis février 2009, la localité de Tsonga (précisément le village de Manyoni), dans la province Bururi au sud du Burundi, jouie gracieusement de l’électricité fournit par une centrale hydroélectrique. Un ouvrage simple et original, construit au pied de la colline Muhorera, avec des pierres et des madriers. Un système de captage permet de dévier un ruisseau et de le prolonger par un canal long de 219m fait de vieux fûts. Au point de chute, un tuyau jette l’eau sur une turbine qui active un alternateur qui à son tour produit un courant de 10kw acheminé jusqu’au village par une ligne électrique d’1km. Grâce à ce projet, les villageois profitent du courant pour leurs besoins domestiques. L’éclairage public sur des centaines de mètres a changé la vie des habitants qui le soir, se prélassent et discutent joyeusement sous les lampadaires. Et les écoliers font leurs devoirs dans des conditions bien plus confortables. « Pourquoi pas un barrage hydroélectrique chez moi ? » : Voilà comment tout a commencé pour Serge Vyisinubusa, et avec l’appui d’un ingénieur, il s’est mis au travail.
Dix milles dollars, c’est le coût de cette réalisation qui concrétise son rêve de doter sa localité d’un système de réfrigération pouvant permettre la conservation des denrées périssables comme le lait ou autres produits agricoles. « A 80 ans, ma mère a une cuisinière ; mieux que cela comme joie en Afrique rurale, on meurt ! », s’exclame-t-il. Son expérience en tant que commerçant lui a appris à valoriser les synergies locales et les ressources locales comme moteur de développement. Selon lui, le développement de l’Africain doit se fonder sur l’imagination et le courage d’entreprendre : « Dans une Afrique où plusieurs régions, comme la mienne, sont riches en artères d’eau, voilà ce qui fait de mon projet un modèle de développement au Burundi et sur mon continent africain », confie-t-il. Cette initiative a valu à Serge Vyisinubusa le prix ENTREPRENERIAT au concours Harubuntu 2009.
Prix AUTORITE LOCALE : Sidi Bouhmedi (Maroc) ou l’expérience du développement par le bas
Convaincu de la nécessité d’agir local pour un développement efficace, Mostafa Maataoui a obtenu en 1992 la création de la commune de Sidi Bouhmedi, dans la région de Settat, à 120 km au sud de Casablanca. Depuis, il tente d’insuffler une nouvelle dynamique plus écologique.
Situé à 120 kilomètres au sud de Casablanca, Sidi Bouh¬medi compte 750 familles, environ 4 600 habitants. Un village d’agriculteurs meurtri par la sécheresse et l’exode de ses jeunes vers la France et l’Italie. Rattrapée et contrainte par les changements climatiques, cette population d’agriculteurs, n’a aujourd’hui d’autres choix que de s’adapter en opérant une conversion des exploitations vers d’autres activités mieux adaptées à un environnement de plus en plus aride. Cependant, des insuffisances techniques et financières ainsi que des résistances humaines constituent des handicaps majeurs que Mostafa Maataoui s’attèle à lever progressivement. Ce territoire communal est devenu le laboratoire de recherche scientifique expérimentale, et des alternatives durables sont mises en place pour permettre aux populations de s’adapter. Pour le maire Mostafa Maataoui, l’avenir est du côté de l’élevage ovin, la culture de plantes aromatiques, la production d’huile de figues de Barbarie, les productions vivrières, l’arboriculture ou encore le tourisme vert. «Nous devons privilégier une orientation écologique, respectueuse de la diversité, et aussi remettre au goût du jour d’anciens savoirs traditionnels. Nous sommes loin des impératifs de la céréaliculture où il faut être rentable à tout prix», souligne t-il. Pour lui, la réussite de la coopération décentralisée est une nécessité afin de lutter contre les disparités de développement entre territoire de nations.
«Si l’on veut vraiment améliorer les indicateurs de développement, il faut agir par le bas, plaide Mostafa. Derrière tout projet, il y a un individu, une psychologie. On a beau faire des plans de développement, si on ne travaille pas sur les croyances, sur les blocages humains, cela ne fonctionne pas», déclare-t-il.
Pour mettre sa réflexion en pratique, le maire de Sidi Bouhmedi, réélu pour la 3ème fois en juin dernier sous les couleurs du « Rassemblement national des indépendants » (définit comme étant un parti de droite modérée, libérale économiquement et prônant la démocratie), vient de signer une convention avec l’ONG belge Echos Communication afin de mener une expérience originale de coaching territorial auprès des acteurs locaux. Objectif de ce partenariat, mobiliser les habitants pour qu’ils prennent en main leur propre développement.
Diplômé d’économie du développement local, Mostafa Maarataani a remporté le prix AUTORITE LOCALE pour sa commune au concours Harubuntu 2009.
Prix SOCIETE CIVILE : Au Rwanda, les adultes n’ont pas toujours raison
A Kigali, la paix est un trésor que certains protègent patiemment. C’est le cas de l’association Umuseke (‘’aurore’’) et de sa directrice Jacqueline Uwimana : « Ce projet tend le micro aux jeunes, leur permet de s’exprimer, de se prononcer sur ce qu’ils vivent et surtout de proposer des solutions aux problèmes de leur communauté ». Dans la communauté rwandaise et aussi dans toute l’Afrique, un enfant doit se taire devant les plus âgés. Il doit toujours dire oui pour marquer le respect. Le projet de l’association Umuseke est également l’école du « Non » : « chacun doit proposer, donner son opinion et la défendre. Ce n’est pas, l’adulte, l’autorité administrative, les parents, l’enseignant, les religieux… qui ont toujours raison ! ». A travers une méthodologie participative, les jeunes apprennent en jouant et se découvrent eux-mêmes. Pour l’association Umuseke, il est possible pour chacun de s’engager, avec les enfants et les jeunes, pour prévenir la violence et aller vers une société plus juste.
Dès sa création, Umuseke a mis à la disposition des écoles et des centres de jeunes du matériel pédagogique sur trois thèmes : la paix, les droits et la citoyenneté. Des expositions itinérantes se tiennent deux fois par semaine dans les écoles de Kigali ainsi que dans les différentes provinces. Enseignants, encadreurs du sentier de la paix et élèves se retrouvent alors au cours d’activités parascolaires, pour échanger sur le guide pédagogique réalisé par Umuseke. En juin 2009, près de 40 000 élèves de 10 à 20 ans et 1150 enseignants du Rwanda et de l’Est de la RDCongo ont ainsi été formés et sont devenus à leur tour des acteurs de changement au sein de leurs communautés. De plus, des clubs d’échanges entre jeunes de la région des Grands Lacs se sont constitués et ceux-ci deviennent des leaders d’opinion dans leurs villages. Cette action a valu à Jacqueline Uwimana et à son association le prix SOCIETE CIVILE au concours Harubntu 2009.
Les 3 «Coups de coeur» du Jury Harubuntu 2009
Projet d’éducation à la citoyenneté en Côte d’ivoire
Le projet de Mireille Rolande Thobouet est similaire à celui de Jacqueline Uwimana. A Abidjan, la culture de la paix doit également s’apprendre. A cet effet, plusieurs «villages de la paix» ont été fondés dans une quarantaine d’établissements secondaires publics et privés du pays. Ce dispositif vise à instruire les élèves sur leurs responsabilités de citoyens, en vue d’une cohésion sociale durable : « Quand on parle de développement, l’on pense automatiquement à la restructuration de l’économie ; à la création des micro-finances, etc. alors que pour nous, le développement commence par l’éducation aux valeurs, par l’éducation à la responsabilité citoyenne. Il faut que les Africains arrivent d’abord à s’affranchir de certaines réalités néfastes telles les guerres, les contestations d’élections, la médiocrité des systèmes scolaires pour devenir des hommes responsables, soucieux du devenir de l’Afrique, capables d’assumer leur histoire passée et prêts à relever le défi de l’avenir », affirme Mireille Rolande. Son projet s’inscrit dans une perspective globale de construction d’une cohésion sociale durable au travers d’une éducation à la citoyenneté et à la paix.
Promotion de la démocratie participative au RDCongo
Promouvoir la concertation entre les organisations de la société civile, les députés et sénateurs de la Province du Kasaï oriental en RDC, c’est le cheval de bataille d’Emmanuel Kabengele et de son Ong(Centre d’étude et de formation populaires pour les droits de l’homme-cefopdh). Démarré en 2008, Ce projet d’éducation à la citoyenneté se veut innovant par le fait qu’il rapproche les élus de leur base (la population). En créant un cadre de dialogue entre les deux parties, il permet aux citoyens de faire passer des messages à leurs élus et à ces derniers de mieux comprendre les besoins de leur électorat. « C’est un exemple de développement pour l’Afrique parce qu’il permet de faire vivre la démocratie la démocratie participative ou la démocratie d’intégration en facilitant les échanges entre les élus et leur base ». Le projet vise à contribuer au renforcement des capacités des instances politiques de manière à leur permettre d’avoir un outil de référence en termes d’attentes réelles de la population.
Centre de développement communautaire Arafat Excellence –Sénégal
Depuis 2002, le centre Arafat Excellence situé dans le quartier Arafat de la commune de Grand Yoff à Dakar a lancé une initiative de développement communautaire, avec l’appui des populations défavorisées. Scolarisation, alphabétisation, assainissement, santé et micro crédit sont autant d’activités menées et réussies dans ce quartier, grâce à l’engagement d’un groupe d’animateurs communautaires. L’objectif de ce projet, est d’offrir un cadre d’expression pour les communautés et de faciliter les relations des populations de la localité avec les autorités publiques. Les populations de cette région n’ont pas les possibilités d’accès aux services sociaux de base surtout en matière d’éducation et d’accès aux crédits des femmes. En partant de ressources financières dérisoires, le centre est parvenu à mettre en place une structure qui aujourd’hui gère 25 emplois permanents et une dizaine d’emplois indirects et ceci sans subvention ni aide du gouvernement. Parallèlement aux actions initiées dans les domaines de la nutrition et de l’éducation, le centre a également développé des activités pour favoriser et faciliter l’accès au crédit, pour la gestion de l’environnement et la santé communautaire.
Source: Echos communication
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