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La situation d’embouteillage permanent qui prévaut sur l’axe Godomey Carrefour- Abomey-Calavi ne fait pas que des mécontents. Si elle constitue une source de stress quotidien chez les usagers, elle est par ailleurs une aubaine pour les vendeurs à la sauvette qui trottent le long de l’artère, épiant le moindre geste (ou interpellation) des usagers pour leur proposer des services.
Les travaux de construction de la voie Godomey- Calavi ont démarré depuis un peu plus d’un an ; lesdits travaux dureront quelques mois encore et les difficultés de circulation que vivent les usagers de ce tronçon ne font qu’en rajouter au stress permanent qui règne chez ces derniers. Déjà à partir de 5 heures du matin, une atmosphère infernale s’installe sur cet axe, le plus important qui relie Cotonou, la plus grande métropole du Bénin, au reste du pays du côté nord. Cotonou est le plus grand centre économique et commercial du pays et aussi une ville administrative ; mais la majeure partie des travailleurs du secteur public et privé ou d’autres catégories de personnes, vivent en dehors de la ville, particulièrement du côté d’Abomey-Calavi. Ces populations se lancent alors, dès le petit matin, dans une sorte de magma brumeux et bruyant, vers leurs différents lieux d’activité se situant dans la ville.
La voie devient ainsi engorgée, le trafic lourd et très lent. «Ce que nous vivons tous les matins sur cette route s’apparente à une procession, un chemin de croix ; le trajet que nous effectuions en 20 mn avant les travaux, aujourd’hui nous le faisons en 1 heure 30 ou parfois même 2 heures», confie Jean-Baptiste, agent de l’une des banques de Cotonou. Et d’ajouter, apparemment résigné : «il n’y a pas une autre voie de contournement, c’est le seul que nous devons emprunter. Alors nous l’empruntons à l’aller comme au retour bravant les difficultés, en attendant la fin des travaux». Les usagers ne perdent pas seulement le temps sur cette voie, mais ils perdent aussi du carburant. Comme Jean-Baptiste, les usagers de cet axe routier vivent la situation sans crier gare. La majeure partie de la journée durant, le rythme de circulation est souvent plus lent que celui d’un piéton.
Mais autour de cette détresse des usagers, se développent de petits commerces. Pâtisseries, sandwiches, eau emballée communément appelée « pure water »… tout est proposé par des vendeurs à la sauvette aux usagers pour rendre leur « séjour » dans le bouchon moins stressant. Bruno est distributeur de produits «Fan milk» ; il exploite le bouchon depuis deux semaines. «Je vends parfois mieux le long de cette route que si je vais en ville. Les gens dans l’embouteillage ont parfois envie de se désaltérer ou de désaltérer leurs enfants. Alors je leur propose mes produits », confie-t-il. Bruno pousse sa charrette-frigorifique le long de la voie à travers crevasses et caillasses, criant ses produits aux potentiels clients, et manquant parfois de se faire renverser par les taxi-motos.
« Coincés dans l’embouteillage, les gens recherchent beaucoup d’eau, surtout dans les périodes chaudes telles que la mi-journée et les après-midis», indique Prisca, vendeuse de « pure water » installée sur le long du trajet depuis plus d’un mois. Comme Bruno, Prisca dit mieux vendre grâce au bouchon quotidien et fait un chiffre d’affaires journalier compris entre 800 et 2.000 FCFA (soit entre 32 et 80 unités d’eau). Seulement, les vendeurs d’eau sont les plus nombreux au bord de la voie ; la concurrence soutenue entre eux les amène soit à adopter des stratégies de vente (par exemple le même vendeur peut avoir plusieurs distributeurs le long de la même voie), soit à sympathiser.
Un enfant au dos et un bocal transparent à bout de bras, Dame Monique A. distribue des sandwiches sous un soleil de plomb ; mais contrairement aux deux premiers, elle est moins assidue au bord du tronçon à cause de ses occupations de nourrice et elle vend relativement moins. Les vendeurs de pâtisseries (gâteau, croissants, etc.) vendent également moins, mais ne démordent pas cependant. Toujours dans ce petit « marché », on retrouve les distributeurs de CD et DVD, des produits de la loterie nationale du Bénin (Lnb), de cartes de recharge, etc. Sur des sites bien précis, tels qu’à l’entrée et à la descente du pont de Godomey (dans les deux sens), au carrefour IITA… on retrouve des vendeurs de cache-nez, de casques, et d’autres commerces généralement menés par les Nigériens. La poussière à ces endroits est suffocante et de nombreuses embûches (balises, …) sont posées sur le trajet. Ce qui justifie la présence de Saïd et Christian, respectivement vendeurs de cache-nez et de casques.
L’autre catégorie de personnes qui profite bien de la récurrence des bouchons sur l’axe Abomey-Calavi – Godomey, ce sont les conducteurs de taxi-motos. La circulation en voiture étant devenue harassante et occasionnant une perte de temps, certains usagers ont adopté les taxi-motos pour aller vite. Ces-derniers, se sentant courtisés de plus en plus, ont augmenté les tarifs. « Pour quitter ma résidence sise à Ménontin pour aller au Campus, je ne payais pas plus de 200 FCFA avant ; mais aujourd’hui les conducteurs de taxi-motos me prennent au moins 300 FCFA prétextant les embouteillages, les travaux sur le chemin et le prix du carburant qui serait en hausse », s’insurge Zéphirin Kounou, étudiant à l’université d’Abomey-Calavi, impuissant devant ces commerçants qui profitent autant qu’ils peuvent de la situation, en attendant la fin des travaux et la mise en service de la route.
Bernard HOUEHOUNDE
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