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Intervenant dans le Programme Solidarité Eau (PSEau) en France, Denis Désille était l’un des communicateurs du Programme international de formation GIRE 2009 au cours de la phase suédoise. Dans sa présentation relative aux options technologiques en AEP, il a posé la problématique de la gestion de la pompe à motricité humaine très répandue en Afrique de l’ouest. Face au taux de panne très élevé que connaît cette option et qui engendre un coût sans cesse croissant de réhabilitation, il revient dans cet entretien sur les causes et difficultés de gestion. Grâce à sa longue expérience en Afrique de l’ouest, il propose des pistes de solutions dont l’expérience malienne et partage son opinion sur comment doit être abordée la question de l’assainissement, un sous-secteur encore en veilleuse dans nos pays.
Qu’est-ce qui est à l’origine des problèmes de gestion des pompes à motricité humaine que l’on observe et qui occasionnent des taux élevés de panne ?
La réponse est dans le fait que la pompe à main produit peu de débit et donc si on vend l’eau, cela génère peu d’argent et avec le peu d’argent, on peut tout juste réparer les pannes et faire venir un artisan réparateur pour faire les entretiens et la maintenance. Mais, il est difficile de trouver une expertise permanente pour faire le suivi régulier de la pompe. Ce qui n’est pas le cas comme dans une usine d’eau potable où on a beaucoup de revenus donnant la possibilité d’avoir un gestionnaire et un service financier. On ne peut pas avoir cela au niveau des pompes à mains et donc on s’appuie sur des personnes qui sont bénévoles. Si on essaie d’avoir un service professionnel qui s’appuie sur du bénévolat, on se rend compte que le bénévolat a des limites parce que ces gens ne sont pas dans le métier, ils ont été vaguement formés pour ça. Lorsqu’il y a un problème, s’ils sont là, c’est bien mais s’ils sont en vacances ou bien s’ils sont en train de travailler ou s’ils sont ailleurs, il y a problème. C’est pour cela, que dans plusieurs pays, les pompes à mains vivent ou survivent grâce à des programmes de réhabilitation sachant qu’après, il y a des exceptions à la règle. Je veux dire que la tendance globale, c’est que la pompe à mains est un service qui a du mal à fonctionner pour des raisons que je viens d’évoquer.
Face à ces problèmes, que faire ?
La difficulté est vraiment liée d’une part au fait qu’il faut trouver un maître d’ouvrage dans une commune qui n’a pas ou qui a peu d’expertise dans le domaine de gestion de service d’eau public. Donc, elle n’est pas forcément en situation de porter d’appréciation sur la façon dont est géré le service. D’autre part, on a des exploitants qui restent pour la plupart du temps dans une logique associative qui n’est toujours pas professionnelle. Donc, d’un côté on a un maître d’ouvrage qui n’a pas une vision claire de ce qu’il veut et en face, on a un exploitant qui n’a pas une logique totalement professionnelle parce qu’il n’a pas toutes les compétences.
Pour pallier les insuffisances de l’ancien dispositif que j’ai évoqué, au Mali, on a mobilisé un opérateur, un prestataire dont le rôle est de faire un audit technique et financier et de voir si ce service d’eau potable est bien géré ou pas. Il doit rendre compte au maître d’ouvrage qu’est la commune et en plus, il joue le rôle d’appui conseil auprès des exploitants : donc il s’agit d’un prestataire extérieur, un spécialiste qui rend compte de la qualité du service auprès des élus. Il est dans une logique de transparence du service, c’est un acteur extérieur qui apporte un regard objectif sur le service à partir d’indicateurs objectifs. Et à partir de là, on peut prendre des décisions sur la façon de réorienter certaines modalités de gestion. Dans le pire des cas, il faut se séparer des exploitants, s’il y a des cas de mauvaise gestion avérés. Au Mali, cette option a fait ses preuves de façon assez impressionnante. Cela permet aussi de sécuriser beaucoup de choses, les aspects financiers, tout ce qui est épargne pour les usagers destiné au renouvellement des équipements sur les comptes bancaires. Ainsi, on peut optimiser et améliorer la culture du service dans la logique de mieux développer le réseau en offrant un service de meilleure qualité à l’usager. Au final, c’est une approche qui est assez vertueuse.
L’intervention de cet opérateur privé qui permet d’améliorer la qualité de service offre aussi l’avantage de renforcer la participation citoyenne…
Une fois que l’exploitant est audité par ce prestataire, il y a un compte rendu qui est fait auprès de la commune et des usagers en assemblée générale. Tous les usagers de la localité sont invités et on fait devant eux, une restitution des résultats de l’audit. Parce que ce sont les usagers qui paient le service, ils sont les premiers à être informés. A cette occasion, on leur dit voilà ce qui marche, voilà ce qui ne marche pas bien et voilà ce qui ne marche pas du tout. Après, on discute avec les usagers pour voir quelle option adopter si tout va bien ou s’il y a des problèmes. Dans le cas du Mali, des membres du bureau de gestion ont été renvoyés et remplacés pour des motifs de mauvaise gestion. L’autre fait, c’est qu’une fois qu’il y a une sanction, elle a un caractère social et celui qui est nouvellement nommé sait qu’il n’a pas intérêt à faire ce qu’il veut parce qu’il sait ce qui l’attend.
Dans le cas du Bénin, la gestion du service de l’eau est conférée à la ville mais ce n’est pas encore une réalité. Les communes se battent encore et puis les réflexions tendent vers une contractualisation. Quelle est l’expérience française en la matière et quels sont les modèles de gestion qui marchent ?
En France, il y a une expérience et une tradition qui font polémique. La gestion est faite par des opérateurs privés. Aujourd’hui, il y a plus de trois quarts des services d’eau qui sont gérés par des opérateurs privés. Une source de grosses polémiques car aujourd’hui, il y a une frange de la population qui dit qu’il faut ramener au logis pour avoir un regard, pour mieux savoir où va l’argent du contribuable. Moi, je pense que la gestion, qu’elle soit publique ou privée, ce n’est pas là la question. Mais, ce qui importe, c’est d’avoir un service de bonne qualité et de faire un bon coût à l’usager. Une transposition dans le cas du Bénin, je n’ai pas suivi les dernières évolutions sur ces questions mais, c’est clair que dans les grands centres urbains en général en Afrique de l’ouest, on a des problèmes de collaboration et de communication entre les collectivités qui essaient de récupérer la maîtrise d’ouvrage auprès d’un opérateur qui l’exerce depuis 10, 15, 20 ou 30 ans. Dans une telle situation où souvent le dialogue est parfois difficile, je pense que la première chose à faire, c’est de dialoguer entre collectivités et opérateurs. Lorsque ce dialogue n’existe pas, il faut le faciliter voire le démarrer en repensant à l’usager. Evidemment parce que c’est pour lui qu’est fait le service, c’est lui qui paye pour le service. Ainsi, si on replace l’usager au cœur du débat en l’occurrence entre les collectivités, l’Etat et l’opérateur, il y a de fortes chances que le débat s’instaure grâce à lui car, il est en droit de revendiquer des choses et il est en position de faire des pressions auprès de ces deux types d’acteurs.
L’autre gros défi dans notre pays, c’est l’assainissement. Comment aborder le sujet étant donné que le défi est grand : selon les experts, il n’y a aucun espoir qu’en 2015 les pays comme le nôtre, soient au rendez-vous des OMD par rapport à l’hygiène et l’assainissement ?
La première chose, c’est que les politiques se saisissent du problème que l’assainissement pas comme une première priorité mais au moins au même titre que l’eau. Parce que l’eau est un secteur assez porteur qui mobilise du financement. Etape n°1 : le politique se mobilise au niveau national en disant que nous faisons de l’assainissement, une préoccupation parce que l’assainissement, c’est une question de vie ou de mort. L’assainissement sauve des vies. Etape n°2 : le gouvernement doit se doter d’une politique nationale. Aujourd’hui, il y a de nombreux partenaires techniques et financiers qui sont prêts à investir dans l’assainissement. Ils vont dans les pays et demandent avec qui on parle. Mais, ils ont du mal à trouver un interlocuteur parce qu’il y a plusieurs ministères qui s’occupent de l’assainissement : le ministère de l’urbanisme, le ministère des collectivités locales, le ministère de la santé, le ministère de l’hydraulique, le ministère de l’éducation. Au final, on ne sait qu’est-ce qui est fait pour l’assainissement. Très peu de pays ont un véritable plan d’actions. Donc, il faut une politique nationale qui dit voilà les priorités d’intervention, voilà les besoins et qui, en même temps, désigne un pilote dans l’avion. Qui va coordonner, piloter le secteur au niveau notamment ministériel ? C’est à partir de là qu’on va pouvoir gérer ce sous-secteur et je dirais mieux coordonner les interventions avec un niveau d’échelle conséquent, impactant au niveau des populations.
Quel est l’avenir de l’AEP (approvisionnement en eau potable) et de l’assainissement en Afrique de l’ouest. Votre regard extérieur ?
Je pense que la politique de décentralisation est en marche et doit être vue comme une opportunité. La question est de savoir comment s’appuyer sur cette décentralisation pour arriver à un véritable essor de l’eau et l’assainissement. Cela veut dire que les élus des communes africaines doivent être capables de se doter chacun pour leur territoire, de stratégie municipale pour l’eau et l’assainissement avec des priorités d’intervention, un budget de réalisation sur les 5 ou 10 années à venir. Il faut que ces élus aillent voir les partenaires financiers et mettent en place des systèmes de fiscalité sur leur territoire. On sait que c’est difficile parce qu’il n’y a plus d’argent mais au moins mobiliser un peu d’argent sur le territoire avant d’aller voir des partenaires financiers. L’autre chose, je sais que ces partenaires financiers dans la plupart du temps, ouvrent leur guichet à des acteurs non étatiques, à des acteurs souverains que sont les collectivités locales. Aujourd’hui, il y a très peu de guichets de financement pour les collectivités locales africaines. La plupart des financements passent par les gouvernements et ça c’est aussi problématique.
Alain TOSSOUNON
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j’ai été très touché par la pertinence des questions traitées dans cet article. Sans nul doute votre article touche du doigt les veritables problèmes de l’heure sur cette question qui est la problematique de l’approvisionnement en eau potable des zones défavorisées.Aussi se pose la question de savoir si les pompes à motricité humaine comviennent à ces zones dans le sens de la resolution des problèmes d’eau. La question d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement m’interesse particulièrement au point que j’en ai fait le thème de ma recherche sur le memoire de master en management de projet que je soutiendrais en 2011.
Je suis étudiant à l’Université Senghor d’Alexandrie et je profite pour solliciter auprès de vous une cooperation me permettant de mener une bonne étude sur le sujet.
Merci
Ok je suis disponible et vous pouvez me joindre à cette adresse tossounon@yahoo;fr. Par ailleurs, je vous signale que j’étais en 2008 dans votre université pour le MOGED.